Rappel sur les origines du comportement dans la guerre

Le but de l’étude Origines du comportement dans la guerre était d’identifier les facteurs qui conditionnent de manière décisive le comportement des porteurs d’armes dans les conflits armés et de déterminer si les politiques développées par le Comité international de la Croix- Rouge (CICR) pour prévenir les violations du droit international humanitaire (DIH) prennent suffisamment en compte les caractéristiques des combattants.

Le rapport, qui est une synthèse des principales données et conclusions de l’étude, comporte trois parties: une vision d’ensemble de l’étude, les principaux résultats et les enseignements majeurs.

Par l’analyse de la littérature spécialisée et des recherches empiriques, l’étude Origines du comportement dans la guerre a défini et vérifié trois postulats concernant le comportement des combattants. Ces postulats sont: 1) le caractère universel de l’adhésion aux principes humanitaires; 2) l’importance, pour les combattants, de l’autorité, du groupe d’appartenance et de la spirale de la violence dans laquelle ils se trouvent souvent enfermés; 3) la mise en place d’un processus de désengagement moral, lorsque des violations du droit sont perpétrées.

D’autre part, cette étude donne des indications quant à l’impact de l’action du CICR sur le comportement des combattants.

Les principaux enseignements de l’étude peuvent se résumer en trois points: 1) il faut faire de la diffusion du DIH une affaire juridico-politique plutôt qu’une affaire morale, et communiquer beaucoup plus sur des normes que sur les valeurs qui les sous-tendent, car le postulat de l’autonomie morale du combattant est inapproprié; 2) l’encadrement des porteurs d’armes, les ordres stricts quant à la conduite à adopter et les sanctions effectives en cas d’inobservation des ordres sont les conditions essentielles qui doivent être réunies pour espérer obtenir un meilleur respect du DIH; 3) il est essentiel que le CICR soit parfaitement au clair sur les objectifs qu’il poursuit lorsqu’il prétend promouvoir le DIH et prévenir ses violations: veut-il transmettre des connaissances, modifier des attitudes ou influer sur des comportements? L’action du CICR doit dès lors développer des véritables stratégies de prévention des violations du DIH.

L’étude Origines du comportement dans la guerre a pour objectif de contribuer à améliorer les politiques et les stratégies de communication du CICR, dans le but de prévenir efficacement les violations du DIH. Cet objectif s’articule autour d’une double interrogation: a) Quels sont les facteurs qui influencent de manière décisive le comportement des combattants en situation de respecter ou de violer le DIH? b) Y a-t-il adéquation entre les stratégies de prévention développées par le CICR et les réponses apportées à la question ci-dessus?

Les causes des violations du DIH ont fait l’objet d’une tentative de catégorisation. Ces causes sont: 1) le caractère criminogène de la guerre; 2) la définition des buts de guerre; 3) les raisons d’opportunité; 4) les raisons psychosociologiques; 5) les raisons liées à la personnalité des individus. Ces catégories ne sont bien sûr pas étanches ni exclusives les unes des autres. L’étude est principalement centrée sur les raisons psychosociologiques telles que l’influence du groupe, l’insertion dans une structure hiérarchique ou le désengagement moral, car elles semblent être universellement présentes dans tout groupe de combattants armés qui prennent part à une guerre. C’est aussi à ce niveau que l’action préventive du CICR, de par son mandat, est la plus susceptible de porter ses fruits.

Sur la base d’un cadre conceptuel initial reprenant les principales connaissances sociologiques et psychologiques dans ce domaine, des modèles relatifs au changement de comportement du combattant ont été élaborés. Ces modèles sont fondés sur les trois hypothèses suivantes: 1) comme les civils, les combattants reconnaissent et partagent les normes humanitaires, car elles seraient universelles; 2) les violations du DIH impliquent des processus sociaux et individuels de désengagement moral déclenchés par deux mécanismes principaux: la justification des comportements et la déresponsabilisation; 3) dans les situations de conflit armé, les mécanismes de déresponsabilisation sont induits principalement par le conformisme au groupe et l’obéissance aux ordres.

L’étude comprend quatre volets, dont nous résumons dans ce rapport les principaux résultats. Le premier volet de l’étude est un compte rendu bibliographique qui étaie les hypothèses formulées dans les textes historiques, sociologiques et psychologiques sur le comportement de l’homme dans la guerre. Les trois autres sont le résultat de recherches scientifiques. Les différents groupes de population interviewés ont répondu à des enquêtes spécialement conçues pour sonder leur opinion à propos du DIH et tester les principales hypothèses décrites ci-dessus. Les réponses des participants et le test des hypothèses ont été soumis à différentes analyses statistiques.

Le premier volet de l’étude, intitulé «Origines du comportement dans la guerre: Révision de la littérature», est un tour d’horizon des textes consacrés à des questions liées à l’objet de l’étude. Nous avons tenté d’en extraire un certain nombre de pistes permettant d’y répondre.

Le deuxième volet est intitulé «Public Attitudes to International Humanitarian Law». Il s’agit d’un travail interculturel d’exploitation des données quantitatives de l’enquête «People on War», réalisé en collaboration avec l’Université de Genève. Pour marquer le 50e anniversaire des Conventions de Genève, le CICR avait lancé en 1999 un vaste sondage dans 15 régions en guerre, auprès de quelque 15 000 personnes, civils et combattants, pour connaître leur opinion sur les règles à respecter en temps de conflit armé et les raisons pour lesquelles ces règles sont souvent violées. Cette consultation avait été menée par Greenberg Research Inc.

Le troisième volet, «Les combattants de quatre pays déchirés par la guerre et le respect du DIH», est constitué d’enquêtes menées auprès de porteurs d’armes provenant de quatre pays: Bosnie-Herzégovine, Colombie, Géorgie et République du Congo. Une centaine de combattants ou d’anciens porteurs d’armes dans chacun de ces pays ont répondu à un questionnaire sur leur connaissance des normes du DIH, leur attitude à l’égard de ces normes et leur intention déclarée de s’y conformer. Le questionnaire portait également sur leur expérience personnelle de la guerre et sur leur système de justification par rapport aux violations du DIH.

Le dernier volet de l’étude, «Les délégués du CICR et la diffusion du DIH», est basé sur un questionnaire soumis à la plupart des délégués du CICR chargés de la diffusion du DIH. Les réponses à ces questionnaires nous ont permis de dresser un profil précis de ces délégués, de connaître leurs attentes par rapport à l’impact de leur travail, l’image qu’ils se font des porteurs d’armes et les raisons pour lesquelles ces derniers respectent ou violent le DIH. Les délégués ont également été invités à donner leur avis sur la manière dont le CICR peut efficacement prévenir les violations du DIH.

Source : CICR

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