La torture n’apporte jamais d’informations valables

Le Sénat américain a rendu public ce mardi un rapport sur les techniques d’interrogatoire utilisées par la CIA après le 11 septembre. Patrick Clervoy, psychiatre du service de santé des armées, auteur d’un ouvrage sur la torture « l’effet Lucifer, des bourreaux ordinaires » réagit à ces révélations.
L’administration Obama et les auteurs du rapport ont fait preuve d’un grand courage. Ils renouent avec les valeurs fondatrices de leur pays. C’est une belle réponse à l’Amérique de George Bush. La volonté de Dianne Feinstein, la présidente de la commission qui a permis cette enquête et des auteurs de l’enquête va permettre de limiter le phénomène de « lissage » propre à tous les épisodes historiques dégradants. C’est ainsi que les opposants à la commission d’enquête du Sénat accusent les enquêteurs de mettre en danger les Etats-Unis et ceux qui les ont aidés. 
Dianne Feinstein fait oeuvre pédagogique pour éviter que ce genre de pratique ne se renouvelle.
Pendant la guerre d’indépendance américaine, les officiers s’indignaient devant Georges Washington des traitements cruels subis par leurs soldats prisonniers des forces anglaises. Ils lui demandèrent comment traiter eux-mêmes les soldats anglais prisonniers. Georges Washington leur répondit, selon une formule connue aujourd’hui de tous les écoliers américains: « Traitez les avec respect et dignité, parce que c’est pour ces valeurs que nous nous battons. Si nous ne les traitions pas ainsi, nous perdrions les valeurs morales de notre combat. »
Jamais la torture n’a apporté d’information valable. Au temps de l’Inquisition, comme pendant la guerre d’Algérie. Sous la morsure atroce de la douleur, la pensée s’arrête. Un homme soumis à la torture est un homme brisé. Sa seule préoccupation est « quelle réponse pourra retenir la main du bourreau?; comment atténuer la douleur que de toute façon il va m’infliger? ». Il cherche à dire ce à quoi le bourreau sera sensible. Sous les Khmers rouges au Cambodge, les tortionnaires voulaient faire dire à leurs victimes qu’elles étaient des suppôts de la CIA et du KGB. Les détenus avouaient travailler pour la CIA et le KGB, puis, développaient ensuite en délirant sur ces thèmes.
Chez ceux qui la pratiquent, la torture induit ce que j’appelle un « décrochage du sens moral ». Entouré de tortionnaires, n’importe quel humain peut être entrainé sur cette pente qui pousse à la cruauté. Pire, celui qui a torturé un peu, sans obtenir de réponse, est meurtri d’avoir agi ainsi. Mais au lieu de s’arrêter, il va se dire que tant qu’à s’être sali, autant aller jusqu’au bout pour que cet avilissement ait servi à quelque chose.
Le rapport du Sénat montre comment on peut, au nom des plus hautes valeurs morales, par patriotisme, aller très loin dans l’horreur. Plus que de tuer, le but du terrorisme est de vous pousser à abandonner les valeurs morales au nom desquelles vous vous battez.
Source : l’express
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