Procès Charles Taylor : l’heure du jugement

Ce 26 avril, le Tribunal Spécial pour la Sierra Leone rend son jugement dans le procès Charles Taylor. L’ancien président du Liberia est le premier chef d’Etat africain à être poursuivi par la justice internationale pour crime de guerre et crime contre l’humanité. Il encourt la prison à vie.
Son dossier d’accusation raconte deux décennies sordides de l’histoire de l’Afrique de l’ouest.

Charles Taylor devant le Tribunal Spécial pour la Sierra Leone (AFP)
Moment historique. Après cinq ans de procès, le verdict va enfin tomber pour l’ancien président libérien Charles Taylor et ses centaines de milliers de victimes. Ce long procès débuté le 4 juin 2007 s’est achevé en mars 2011. Un an de délibéré aura été nécessaire aux juges du Tribunal Spécial pour la Sierra Leone avant de rendre leur jugement. Ils auront lu plus de 50 000 pages de témoignages et examiné 1 520 éléments de preuve.
Un procès sensible et épineux

Pour des raisons de sécurité, le procès s’est tenu loin de l’Afrique, près de La Haye au Pays-Bas.  Les Nations Unies craignaient que le Liberia ne bascule à nouveau dans la guerre.
Depuis le début, l’ancien chef de guerre libérien plaide non-coupable : « Il est très très très malheureux que la désinformation, les mensonges et rumeurs de l’accusation m’associent [à l’image d’un meurtrier, d’un terroriste et d’un violeur]», déclarait-il en juillet 2009. Pour lui et ses avocats, ce procès est une « supercherie ». Il parle même de « mensonges » quand il est accusé de cannibalisme.
L’ancien chef de guerre doit pourtant répondre de onze chefs d’accusation pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis entre le 30 novembre 1996 et le 18 janvier 2002. Il est accusé d’avoir armé, soutenu et financé le groupe rebelle sierra-léonais du Front révolutionnaire uni (RUF) dans le but de contrôler la Sierra Leone, en échange de « diamants de sang”.
Un mannequin pour témoin

Cette monnaie d’échange que constitue les diamants donne lieu en août 2010 à l’audition la plus médiatisée du procès Taylor : la venue de Naomi Campbell. Parmi une centaine d’autres témoins, le mannequin vient s’expliquer au sujet de diamants offerts par Charles Taylor après un dîner organisé en 1997 par Nelson Mandela en Afrique du Sud. Cette anecdote avait pour but de prouver que Charles Taylor était bien en possession de diamants bruts.
Amputations, enfants soldats

Dans cette guerre, l’horreur atteint son paroxysme. Les rebelles sierra-léonais perpétuent les pires exactions, soutenus par les forces libériennes combattant sous le contrôle de Charles Taylor. Ces dix années de guerre civile (mars 1991-janvier 2002) sont les plus meurtrières de l’histoire récente africaine faisant plus de 120 000 morts et des milliers de civils blessés ou mutilés. Les rebelles du RUF commettent meurtres, viols, enlèvement, asservissement sexuel des femmes et amputations de mains, bras, jambes à la hache, machette ou couteau. Certains rebelles se livrent aussi à des actes de cannibalisme. 
De nombreux enfants de moins de quinze ans sont enrôlés comme soldats dans des unités spéciales telle l’Unité des petits garçons (SBU). Ils sont drogués et poussés au meurtre.
En 1999, le RUF et ses alliés d’un ex-junte militaire mène un assaut contre Freetown dont l’occupation pendant plus de trois semaines fera 6 000 morts.
Sur le banc des accusés
La fin de la guerre est déclarée officiellement en janvier 2002. Le gouvernement de la Sierra Leone et l’ONU décident de mettre en place un tribunal pour juger les responsables de toutes ces atrocités.  Le 11 août 2003, c’est grâce aux pressions de la communauté internationale et au siège de Manrova en Sierra Leone par les rebelles Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) que le président Taylor démissionne enfin et trouve refuge au Nigeria. Un mandat d’arrêt international est délivré contre lui en 2005 et il est cueilli en 2006 quand le Nigeria le livre au Liberia. Aujourd’hui, la justice sera rendue. L’ancien chef de guerre est le dernier sur le banc de accusés. Depuis 2004, huit accusés ont déjà été reconnus coupables de crimes de guerre et crimes contre l’humanité en Sierra Leone.  Ils étaient les responsables des principales factions impliquées, qu’elles soient « pro ou anti-Charles Taylor » : les Forces de défense civiles (CDF), Conseil révolutionnaire des forces armées (AFRC) et Front révolutionnaire uni (RUF) mené par Foday Sankoh mort en détention en 2003.
L’ancien chef de guerre risque la prison à vie. Une peine qu’il devrait purger en Grande-Bretagne.
Source TV5 Monde
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