Protéger les soins de santé : c’est une question de vie ou de mort

La violence dirigée contre le personnel médical, les patients et les structures de santé empêche des millions de personnes de recevoir des soins vitaux. Cette semaine, le CICR soumet une résolution à la XXXIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge pour tenter de relever ce défi humanitaire. La résolution vise à protéger les soins de santé dans les conflits armés et autres situations de violence. Paul-Henri Arni, un des responsables expérimentés du CICR, coordonne les efforts de l’institution pour faire face à ce problème. Il explique ici les enjeux et la façon dont le CICR compte parvenir à cet objectif dans les prochaines années.
Quand des actes illégaux et parfois violents empêchent de fournir des soins de santé, qu’est-ce que cela veut dire concrètement pour la population ? Combien de personnes sont touchées ?
La première chose à dire, c’est que pendant un conflit armé, la capacité de faire face aux besoins médicaux diminue alors même que ces besoins montent en flèche. Ce n’est pas seulement dû aux attaques contre le personnel médical, mais aussi contre les ambulances, les établissements de soins et même les patients. Il faut ajouter aussi que l’insécurité empêche les gens d’arriver jusqu’aux centres de soins et perturbe les approvisionnements.
Il y a ensuite les répercussions que peut avoir événement important. Une fois que les personnels de santé ou les infrastructures médicales sont touchés, d’innombrables personnes sont privées de traitement. Quand une attaque à la bombe tue plus d’une douzaine d’étudiants en médecine lors de leur cérémonie de remise des diplômes en 2009 en Somalie, elle n’élimine pas seulement de façon tragique un des très rares groupes de diplômés en médecine que le pays a pu avoir en 20 ans ; à cause de cette seule attaque, chaque année, des dizaines de milliers de consultations médicales ne pourront jamais être dispensées.
Ce problème est au cœur même de notre travail. Nous ne pouvons tout simplement pas accepter que des patients soient abattus sur leur lit d’hôpital ou qu’ils soient arrêtés dans les établissements de soins, que des médecins soient portés disparus, que des ambulances soient prises pour cibles alors qu’elles se dirigent vers un hôpital et que des enfants meurent parce que les campagnes de vaccination ne peuvent plus avoir lieu.
Vous avez récemment publié un rapport intitulé « Les soins de santé en danger : exposé d’une urgence ». Pouvez-vous nous donner quelques exemples concrets tirés de ce rapport ?
Il y a de nombreux exemples, les plus récents ayant eu lieu au Moyen-Orient. Une conclusion à mon avis essentielle de notre rapport est que des dizaines de milliers de vies pourraient être épargnées si la fourniture des soins de santé était plus largement respectée. Concrètement, des gens meurent en grand nombre non pas parce qu’ils sont les victimes directes d’une bombe qui explose au bord d’une route ou d’une fusillade. Ils meurent parce que les ambulances n’arrivent pas à temps sur les lieux, parce que le personnel de santé est empêché de faire son travail, parce que les hôpitaux et les patients sont la cible directe d’attaques ou simplement parce que l’environnement est trop dangereux pour que des soins vraiment efficaces puissent être dispensés.
Je suis récemment allé en Afghanistan où notre personnel médical est constamment confronté à des mères qui arrivent avec des enfants morts ou mourants et dont la maladie peut être prévenue. Mais les parents attendent la dernière minute avant de se mettre en route pour l’hôpital, simplement parce qu’il est très dangereux de voyager en Afghanistan, avec tous ces points de contrôle qu’il faut traverser. Beaucoup arrivent trop tard. Au bout du compte, ce n’est pas des personnels de santé dont il s’agit. Il s’agit des personnes qui ont besoin de soins de santé et qui ne peuvent les obtenir. C’est là notre véritable préoccupation, et les personnes concernées sont extrêmement nombreuses.
Que faudrait-il faire et comment le CICR prévoit-il de faire face à ce problème ?
Parvenir à garantir l’accès aux soins de santé pendant les conflits armés et autres situations de violence est au cœur même de la raison d’être de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. En adoptant la résolution sur le respect et la protection des soins de santé dans les conflits armés et autres situations de violence, les États et le Mouvement enverront un signal fort pour que ce défi humanitaire majeur – qui reste insuffisamment reconnu – soit relevé. Nous espérons que tous les participants à la XXXIe Conférence internationale adopteront cette résolution. Ce sera un premier pas important.
Le CICR, les Sociétés nationales et même toute la communauté médicale ne peuvent seuls relever ce défi. Il est impératif que les États, leurs forces armées, mais aussi les groupes armés non étatiques, soient impliqués. Ceux qui sont responsables des dangers qui menacent les soins de santé doivent venir à la table.
Que peut faire la communauté internationale ?
Le respect des lois existantes doit être mieux garanti, les forces armées doivent être formées sur les comportements à adopter aux points de contrôle, les groupes rebelles doivent respecter les patients et ne pas interrompre le travail que fait l’hôpital pour interroger quelqu’un qui n’est pas en état de subir un interrogatoire, etc. C’est un problème vaste et complexe, et c’est justement pour cela que nous disons qu’il doit être pris en compte par un grand nombre de parties prenantes.
C’est en ayant cela à l’esprit que le CICR va, au cours des quatre prochaines années, réunir des professionnels de la santé, des militaires, des États, des décideurs politiques et des humanitaires pour recenser les mesures qu’il convient de prendre pour mettre fin à la violence contre les soins de santé. Ensemble, nous examinerons le rôle des pratiques militaires, les droits et responsabilités des personnels de santé, la protection physique des établissements de soins et le rôle des Sociétés nationales en vue de réduire la violence contre les soins de santé et élaborer des instruments juridiques qui permettront de prévenir et de réprimer les crimes dont sont victimes les patients et les personnels de santé.
Les consultations qui seront conduites avec ces experts entre la XXXIe et XXXIIe Conférences internationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (en 2011 et 2015) seront l’occasion de réfléchir à des solutions pratiques visant à mieux protéger les soins de santé pendant les conflits armés et autres situations de violence. Les conclusions de ces rencontres, ainsi que les activités concrètes menées sur le terrain à partir d’une collecte améliorée des données relatives aux incidents et violences dirigées contre les services de santé et les personnes blessées et malades, renforceront la réponse opérationnelle du CICR et des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
Ce projet sera conduit en suivant ces deux voies, la voie diplomatique et la voie opérationnelle. Nous devons impliquer les États et les groupes armés pour qu’ils assument leurs responsabilités. Mais nous devons aussi faire plus et mieux sur le terrain, et renforcer notre réponse opérationnelle. Le but ultime de cette stratégie à deux voies est de protéger les soins de santé sur le terrain afin d’apporter un réel secours aux victimes. C’est bien une question de vie ou de mort.
Source : CICR Resources
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