Otages : quelles leçons possibles?

La libération récente des journalistes Hervé Ghesquière et Stéphane Taponnier, otages depuis 18 mois en Afghanistan, est un soulagement réel pour leurs familles, pour les autorités françaises, mais aussi pour de nombreux Français qui, jour après jour, suivaient le compteur affiché par leur confrères.
Cette libération ne doit pas faire oublier que neuf autres Français restent retenus en captivité, dans des conditions quasi-inconnues, que ce soit en Somalie, au Yémen et Niger. Hormis leur nationalité française, les statuts de ces otages, comme les circonstances de leur enlèvement, sont bien différents. Peut-on ainsi comparer les situations de l’agent de la DGSE enlevé en Somalie à celui des quatre français d’AREVA enlevés au Niger, ou à celle des trois humanitaires de l’ONG Triangle Génération Humanitaire enlevés au Yémen ? Probablement pas, car les motivations et les objectifs (politiques et/ou financiers) des ravisseurs ne sont pas les mêmes. On peut toutefois établir un certain nombre de constats.
Tout d’abord, il s’agit d’une véritable situation de crise, quelque soit l’institution concernée (gouvernement, entreprise, ONG), qui va remettre en question des modalités opérationnelles antérieures, voire faire stopper des activités jugées jusque là essentielles.
Ensuite, la gestion de crise est un processus multiforme et de longue haleine, qui va éventuellement nécessiter la participation de « spécialistes » de la négociation qui, même si la médiatisation de certains otages a pu paraître bénéfique, travaillent dans la discrétion.
Si une prise d’otage(s) n’est jamais neutre, la façon dont celles-ci sont traitées sur le plan médiatique ne l’est pas non plus. Les journalistes ont fait le choix clair de médiatiser les situations qui touchent leurs confrères. Cette attitude n’est pas nouvelle, si l’on se rappelle des enlèvements dans les années 80 en Afghanistan. Les militaires et les agences gouvernementales font le choix de la discrétion, choix logique par rapport à leur « culture », mais aussi peut-être parce que les enjeux politiques et opérationnels sont différents. Contrairement aux enlèvements d’humanitaires médiatisés en Afghanistan il y a quelques décennies (celui du Dr Augoyard, par exemple), les responsables d’ONG humanitaires préfèrent aujourd’hui le « profil bas » et privilégient la discrétion des négociations, activant aussi leurs réseaux locaux pour obtenir des informations.
De plus, des prises d’otage de journalistes ou d’humanitaires, ne peuvent être le prétexte à une remise en question du droit d’information ou du droit d’initiative humanitaire sur des terrains de conflits qui, par définition, sont des terrains dangereux. L’analyse préalable – et approfondie – des enjeux de sécurité et la connaissance des déterminants locaux d’une possible insécurité restent bien sûr indispensables, mais ne peuvent à eux seuls interdire toute action. Sur un plan plus tactique, des critiques ouvertes sur le comportement de tel ou tel, alors qu’il est captif, comporte des risques objectifs de rendre encore plus difficile les négociations en cours. Toujours est-il que la gestion médiatique des prises d’otages nécessite beaucoup de retenue, tant les inconnues sont nombreuses, et la tentation de leur instrumentalisation politique, abandonnée.
Enfin, il ne faut pas oublier qu’il y a souvent des otages d’autres nationalités impliqués avec des otages français (comme le togolais et le malgache enlevés à Arlit au Niger, et relâchés depuis).
Une prise d’otage constitue donc un événement extrêmement déstructurant, à l’image d’une onde qui se propage en cercles concentriques de plus en plus larges, même si l’impact le plus fort atteint en premier lieu les victimes et leur entourage proche. A l’issue d’une telle crise, des édifices solides peuvent se renforcer, mais aussi parfois s’écrouler.
de Jérôme Larché
Grotius.fr
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