Oui, justice est faite ! A propos de la mort de Ben Laden.

NDLR : afin de présenter en toute neutralité un échantillon d’idées sur la thématique de la mort de Ben Laden, nous avons choisi de présenter l’éditorial d’Alexis Brézet paru dans Le Figaro magazine en date du 6 mai 2011. Cet éditorial ne représente nullement une opinion personnelle de l’administrateur.
« USA ! USA ! USA ! Scandé à l’unisson par des dizaines de milliers de gorges sur Times Square, Ground Zero et dans l’Amérique entière, ce fut, pour saluer la nouvelle de l’élimination d’Oussama Ben Laden, le cri de tout un peuple. Le cri d’une Nation éprouvée dans sa chair et dans son honneur, qui, dix ans après, avec une ferveur patriotique dont nous autres Français serions sans doute bien incapables, clamait soudain son soulagement et sa fierté retrouvée. Le crime était puni. L’affront, lavé. La parenthèse, refermée. Ce cri, assurément, vaut mieux que les petites polémiques et les piteux pinaillages qui, de ce côté-ci de l’Atlantique, lui font un indécent écho.
Il paraît donc qu’il eût été préférable, pour la morale, la démocratie et les droits de l’Homme réunis, que Ben Laden ait été jugé ! Mais qu’espérait-on ? Un grand procès, à La Haye, avec avocats médiatiques et caméras en bataille ? Une tribune internationale qui aurait permis au fondateur d’Al Qaida de prêcher la guerre sainte depuis le box des accusés ? Une peine de perpétuité, qui aurait donné l’occasion aux preneurs d’otages de tous poils d’exiger, trente années durant, la libération du guide injustement emprisonné ? Une condamnation à mort (si le procès avait eu lieu aux Etats-Unis) dont le prononcé aurait chauffé à blanc la rue arabe qui, d’appel en recours en grâce, aurait fini par voir en lui une victime ? Allons donc ! Barack Obama, longtemps accusé de mollesse face au terrorisme international, a pris la décision de supprimer l’un des pires criminels que la terre ait jamais portés. Point n’est besoin d’invoquer le principe de légitime défense, reconnu par l’article 51 de la charte des Nations Unies, pour proclamer qu’il a eu mille fois raison.
Il paraît aussi, déplore M.Boubakeur, qu’Oussame Ben Laden n’a pas été enterré comme un bon musulman. C’est vrai. Mais le mettre en terre américaine, n’eût-ce pas été faire injure aux milliers de morts des Twin towers, ensevelis sous les gravats ? Quant à l’enterrer ailleurs (où donc ?, les pays arabes en avaient fait un paria), c’eût été de créer aussitôt un lieu de pèlerinage pour les djihadistes de demain. La dépouille de Ben Laden n’a été ni injuriée ni profanée. La mer est le linceul que toutes les marines du monde ont réservé pendant des siècles, aux soldats morts au combat. Le terroriste Ben Laden aura en vérité été mieux traité par les infidèles que le chef d’Etat Saddam Hussein ne l’a été par ses coreligionnaires.
Joie mauvaise, enthousiasme gênant, s’offusquent, face aux démonstrations d’allégresse américaine, certains commentateurs dont on se demande s’ils ont retenu des dix dernières années autre chose que les formalités (forcément liberticides) qui les ont retenus aux guichets des aéroports. De qui se moque-t-on ? Oussama Ben Laden a directement causé la mort de près de 10000 personnes, hommes, femmes, enfants, dont une large majorité dans les pays musulmans. A New York, le 11 septembre 2011, son projet – il l’a lui-même proclamé – était d’assassiner 50000 innocents. Ses menées criminelles ont été à l’origine de deux guerres – en Irak, et en Afghanistan – qui, quoi qu’on en pense par ailleurs, ont fait et continuent à faire des dizaines de milliers de victimes. Ses prêches enflammés, inspirés par une lecture littérale du Coran, ont davantage contribué à alimenter la guerre des civilisations entre le monde musulman et l’Occident que tous les islamophobes de la terre. Et il serait interdit, au nom d’on ne sait trop quel scrupule, de se réjouir de la disparition de cet homme-là ?
Un peu de décence ! N’en déplaise aux ligues de vertus démocratiques, aux professeurs de morale médiatique, aux donneurs de leçons diplomatiques, à tous ceux qui ont les mains pures mais qui n’ont pas de mains, Barack Obama a fait ce qu’il fallait, comme il fallait. A destination de tous les fous d’Allah qui n’ont pas renoncé au Djihad – le récent attentat de Marrakech en témoigne – et n’y renonceront pas demain par la magie du jasmin, l’élimination de Ben Laden était une démonstration de force nécessaire. Pour les démocrates arabes sincères qui, à Tunis, au Caire ou à Damas, cherchent à tâtons les voies d’une organisation politique respectueuse de l’Etat de droit et des libertés indivuiduelles, c’est un encouragement à persévérer. Pour les opinions occidentales travaillées par le doute et la culpabilité, hantées par le sentiment de leur déclin, c’est le signal qu’un sursaut est possible. Non, la démocratie n’est pas la faiblesse. Non, l’Occident, qui a apporté à l’humanité ses valeurs de liberté, n’est pas voué éternellement à prendre des coups sans jamais les rendre. Parce que le monde est injuste, il n’y a parfois que la force pour que la justice soit rétablie. »
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