Humanitaire, terrorisme et militaire : à propos d’un interview de J.-C. Rufin

2 mai 2011 – Grotius.fr
Cet extrait est à mettre en relation avec notre précédent billet du 26 avril 2011 à propos de l’élargissement du spectre des missions des services de santé US à travers leus actions de communication.
Extrait d’un interview de Jean-Christophe Rufin par Boris Martin, rédacteur en chef de la revue Humanitaire.
B. M : On parle beaucoup depuis quelques années de l’intégration de l’humanitaire dans le dispositif militaire et plus largement politique et diplomatique des Etats. S’il y a une doctrine anti-terroriste en France, quelle place y est faite aux humanitaires ?
J.- C. R : Je n’ai jamais été favorable au rapprochement entre les humanitaires et l’Etat, à cette approche américaine de l’humanitaire embedded, c’est-à-dire « embarqué ». Chacun doit connaître ce que fait l’autre, mais chacun a son domaine d’activité. Que les autorités françaises répondent dans un certain cadre politique et militaire, c’est leur responsabilité. Aux ONG de décider ensuite où elles veulent intervenir. Mais je ne suis pas favorable au fait de tisser un lien car la confusion peut rapidement devenir dangereuse : en cas d’usage de la force, les humanitaires pourraient être assimilés aux combattants.
B. M : Mais est-ce que cette doctrine française n’est pas déjà en elle-même une manière de « grignoter » l’indépendance des ONG ?
J.- C. R : Non, je pense que leur indépendance est avant tout grignotée par l’activité des terroristes. Il faut quand même mettre en avant un fait que négligent trop souvent les ONG, mais également les entreprises, qui s’installent dans certaines zones : on peut très bien connaître son environnement immédiat et être pourtant en danger. Ces groupes terroristes sont en effet très mobiles. Ils peuvent venir de très loin pour réaliser une prise d’otages ou commettre un attentat. Cette réalité est trop souvent évacuée par des équipes qui pensent maîtriser les choses parce qu’elles connaissent les populations et sont présentes depuis longtemps. C’est un tort et c’est probablement ce qui est arrivé à Areva.
Les ONG sont obligées de tenir compte de cette réalité qui n’est pas imposée par la réponse française, quand bien même elle est militaire, mais bien par la menace d’Aqmi et le mode opératoire de ses groupes.
Par ailleurs, les zones dessinées par le MAEE dans les « Conseils aux voyageurs » n’interdisent pas aux ONG de se rendre dans quelque endroit où elles souhaitent aller, mais ça leur donne quand même une bonne indication des risques encourus.
Mon propos n’est donc pas dire aux ONG, ou aux entreprises, qu’elles ne doivent pas se rendre au Sahel, mais qu’elles doivent désormais prendre des mesures de sécurité là où elles n’en prenaient pas forcément avant. Et je pense en particulier aux petites ONG. Il ne faut pas oublier que quand on parle de MSF ou MDM, ce sont des structures habituées à travailler en zones de crise. Mais ce n’est pas le cas de structures plus modestes qui, en tout cas avant ces événements au Niger, travaillaient sans aucune notion de sécurité.
L’entretien au complet.
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